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<!-- $Id: une-seule-racine.db,v 1.1 2003-03-31 11:37:14 bortzmeyer Exp $ -->
<article lang="fr">
<articleinfo>
    <author>
      <firstname>Stéphane</firstname>
      <surname>Bortzmeyer</surname>
    </author>
    <title>Faut-il une seule racine pour le DNS ?</title>
    <pubdate>$Date: 2003-03-31 11:37:14 $</pubdate>
  </articleinfo>
<para>On voit souvent des gens affirmer que le DNS serait handicapé,
    par exemple du point de vue de la sécurité, par l'existence d'une
    seule racine. Des propositions plus ou moins sérieuses circulent
    pour proposer des schémas (en général très peu détaillés) avec
    plusieurs racines. Cet article a pour but de discuter des
    significations du modèle à une seule racine et de voir pourquoi il
    n'y a pas de solutions réalistes à plusieurs racines.</para>
  <section>
    <title>Le modèle à une seule racine</title>
    <para>Dans ce modèle, l'arbre du DNS a une seule racine. Cela veut
    dire qu'il n'y a qu'une seule source qui fasse autorité pour
    mettre à jour le fichier de zone de la racine (cette source est
    actuellement le Department of Commerce des États-Unis, l'<ulink url="http://www.icann.org/">ICANN</ulink>
    servant de prête-nom).</para>
    <para>Dans ce modèle, tout utilisateur de l'Internet, quelque soit
    son fournisseur d'accès, verra les mêmes données dans le DNS et
    aura les mêmes réponses à ses questions.</para>
    <para>Cela n'implique pas qu'il y aie un serveur unique. Bien au
    contraire, il en existe treize à l'heure actuelle. Ni même que ces
    treize serveurs de la racine soient sous la même administration
    (aucun n'est contrôlé par l'ICANN, ils sont gérés par des entités
    très variées). Ni même qu'on n'aie pas le droit d'en ajouter en
    local, par exemple pour obtenir de meilleures performances (le
    fichier de zone est <ulink
    url="ftp://rs.internic.net/domain/root.zone.gz">public</ulink>) :
    de nombreux fournisseurs d'accès font
    cela<footnote><para>Techniquement, il existe plusieurs solutions
    pour faire utiliser ce ou ces serveurs :
    l'<foreignphrase>anycast</foreignphrase>, par exemple.</para>
      </footnote>. Mais tous ont les
    mêmes données. Les serveurs de noms ne sont que des éditeurs, pas
    des auteurs.</para>
    <para>Il est donc faux de prétendre que, du point de vue de la
    sécurité du service, l'existence d'une racine unique est une
    faiblesse. On peut multiplier le nombre de serveurs de la racine
    pour limiter les risques de pannes simultanées. En revanche, elle pose une question politique : qui
    contrôle la racine et donc les données ? Quel organisme a la
    légitimité de le faire dans un environnement international ?</para>
  </section>
  <section>
    <title>Comment faire avec plusieurs racines ?</title>
<para>Un certain nombre d'organisations prétendent résoudre un
      problème mal spécifié (on a vu que l'existence d'une seule
      racine ne signifiait pas qu'il existait un point unique de
      vulnérabilité) en permettant l'existence de plusieurs
      racines.</para>
    <para>Ces organisations ont des motivations très variables : la
      plupart du temps, il s'agit d'un projet commercial, le magot de
      Verisign GRS excitant bien des convoitises. C'est ainsi que des
      entreprises comme new.net vendent des noms de domaine bidons
      sans le préciser. La gestion d'une racine bidon leur permet de
      créer autant de TLD que le souhaitent les exigences du
      commerce.</para>
    <para>Certaines des ces racines bidon sont gérées par des clowns
      agressifs qui vont jusqu'à faire des procès pour garder leur
      monopole sur les TLD bidons qu'ils ont créé.</para>
    <para>Parfois, les motivations se veulent politiques : résoudre
      l'impossible équation citée plus haut ("Qui contrôle les données
      et de quel droit ?"). Mais le remède n'en est pas un. Il y a en
      effet deux façons de gérer un ensemble de racines :
      <orderedlist>
	<listitem><para>Ne pas le gérer du tout. On laisse chaque
	racine faire comme elle veut. Dans ce cas, des actions de
	l'utilisateur comme envoyer un message à  
	    <systemitem role="email">joe@example.com</systemitem> ou
	    regarder la page Web <systemitem
	role="url">http://www.example.com/</systemitem> peuvent donner
	des résultats différents selon la racine utilisée. Compte-tenu
	du rôle central du DNS dans l'Internet, cela revient à
	partitionner l'Internet en plusieurs parties qui ne pourront
	plus communiquer.</para></listitem>
	<listitem><para>Coordonner les différentes racines pour
	qu'elles aient le même fichier de zone. Et, dans ce cas, ne
	jouons pas avec les mots : il
	n'y a plus qu'une seule racine et l'organe de coordination est
	la nouvelle ICANN, et fera face aux mêmes
	problèmes.</para><para>Certains promoteurs des racines
	multiples prétendent que cette coordination pourra se faire
	informellement, en bonne entente. Quant on voit l'agressivité
	dont font preuve les membres les plus visibles de cette
	communauté et les menaces de procès que l'on obtient d'eux à
	la moindre critique, gageons que cette bonne entente ne tient
	que parce que les enjeux sont faibles (personne n'utilise ces
	racines "alternatives") : le jour où ".sex" sera réellement
	utilisé, il y en aura des bagarres pour sa gestion.</para>
	</listitem>
      </orderedlist></para>
</section>
  <bibliography>
    <biblioentry>
      <title>ICP-3:  A Unique, Authoritative Root for the DNS</title>
      <abstract><para>Un document très intéressant expliquant la
      nécessité d'une racine unique. Malheureusement gâché par le
      plaidoyer prodomo en faveur de l'ICANN.</para>
      </abstract>
      <author>
	<affiliation>
	  <orgname>ICANN</orgname>
	</affiliation>
      </author>
      <publisher>
	<publishername><ulink
	url="http://www.icann.org/icp/icp-3.htm">Available online</ulink></publishername>
      </publisher>
    </biblioentry>
    <biblioentry>
      <title>Ruling the Root: Internet Governance and the Taming of
      Cyberspace</title>
      <abstract><para>Une très intéressante analyse des luttes entourant la
      gestion de la racine.</para>
      </abstract>
      <author>
	<surname>Mueller</surname>
	<firstname>Milton</firstname>
	<othername>L.</othername>
      </author>
      <publisher>
	<publishername>MIT Press</publishername>
      </publisher>
      <isbn>0262134128</isbn>
    </biblioentry>
  </bibliography>
</article>